- 24/02/2003

Revenons à nos moutons

Zap'cyng n°94 : Alain Minc s’en prend à toutes les minorités, mais semble bien moins sévère avec les homos...


Image 1La une du Point du 3 janvier 2003 titrait « Homosexualité, féminisme, autimondialisation, moralisme, islam… Les nouveaux bien-pensants » sur fond de troupeau de moutons afin d’introduire un article reproduisant de longs extraits d’un livre, Épître à nos nouveaux maîtres [Grasset, 2003], où « Alain Minc part en guerre contre les minorités qui font croire à leur oppression pour imposer leur loi. » L’idée n’est pas neuve et, on s’en doute, a le don de me faire sortir de mes gonds. Dois-je argumenter ? Le résumé en une phrase de la pensée d’Alain Minc que je viens de citer porte en lui le fantasme qui la fonde : « qui font croire… pour imposer… »

Un fantasme, c’est une « Production de l'imagination par laquelle le Moi cherche à échapper à l'emprise de la réalité » [Le Robert] et la réalité, on comprend bien que le Moi de l’auteur de ces épîtres cherche à y échapper. Quand on se prend pour le treizième apôtre deux mille ans après la disparition des douze premiers, on doit se sentir bien seul face à une réalité où le bon père de famille hétérosexuel, blanc et catholique que l’on est devient une exception. Elle a bon dos, l’égalité républicaine que monsieur Minc dit défendre : il nie purement et simplement les systèmes d’oppression inhérents à notre organisation politique à but unique de gommer le principe même de la différence parce que le libéralisme économique dont il est le chantre a besoin d’un peuple docile de clones produisant et consommant des biens et services à forte valeur ajoutée.

Car il est là, le problème de monsieur Minc : que les femmes (qu’il considère comme une minorité), les homosexuels (au masculin, bien sûr), les musulmans, les juifs, les militants anti-libéralisme (ONG, antimondialistes, antiaméricanistes) et les acteurs d’une redéfinition de la répartitions des pouvoir au sein de la République (juges et journalistes) finissent par s’unir en une grosse majorité pour mettre en cause l’ordre politique dont le libéralisme a besoin pour prospérer. Et quand il ajoute, à propos des homosexuels « Si je ne suis pas très sévère [il ne l’est effectivement pas], c'est que le monde gay a été victime du Sida.(…) il porte sur ses épaules le fardeau de cette maladie. » [Marianne, 13/01/03], sa duplicité ne fait plus de doute : les juifs ont vécu un génocide incomparable avec l’épidémie du Sida, mais les porteurs de kippa et de papillotes sont, c’est incontournable, de bien piètres prescripteurs de mode.

Cy Jung, 25 février 2003





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