Vendredi 8 février, Arte, 22h15 : Une vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité, documentaire de Serge Moati.
Serge Moati est un hâbleur, un vrai de vrai, de la race des documentaristes de génie. Il se présente comme un hétérosexuel imbu de ses clichés et de son incompréhension ne voulant pas « mourir idiot » puis se propose de poser ses questions d’hétéro ignorant à des homosexuels, pour essayer de comprendre, jouant le petit homme crédule, piètre candide qui fait semblant de les considérer comme des Martiens aux mœurs étranges. Et le voilà d’amorcer son ouvrage par l’interview de Max, 86 ans, et de Jacques, 78 ans, président des Gays retraités.
Non, Serge, ce n’est pas sérieux ! À qui voulez-vous faire croire que vous êtes de ces hétéros qui ne comprennent rien à rien en exhibant ainsi ces deux géronto-gays merveilleux de tendresse et d’intelligence, si beaux et si loin de toute représentation ordinaire de l’homosexualité ? Quel hétéro de base est capable de véhiculer clichés et interrogations sur l’orientation sexuelle de deux vieillards ? Franchement, même les homos n’y penseraient pas. Et vous le savez, et vous aurez beau faire, aligner les questions, vous ne me ferez pas croire en votre hétérocentrisme borné.
« Il y a beaucoup de gays retraités ? » ; « Et qu’est-ce que vous faites ? » ; « Les gays retraités dansent entre eux ? » ; « Parce que c’était un délit l’homosexualité ? » ; « Ça paraît préhistorique alors que c’est récent… » ; « Comment faisaient les gens pour draguer ? » ; « Les urinoirs ? » ; « Fait prendre par qui, par la police ? » ; « L’idée d’aller dans une vespasienne n’est pas très sympathique… » ; « Et comment on savait où aller ? » ; « Vous êtes nés comme ça, ça veut dire quoi ? » ; « Pourquoi vous ne pouvez pas [caresser un sein de femme] ? » ; « Cela s’est banalisé d’être homosexuel… » « Mais il y en avait autant ? » ; « Est-ce que vous vous repériez ? » ; « Les homosexuels se reconnaissent, se sentent… » ; « Car vous êtes un sacré dragueur… » ; « Et ça marche ? » ; « 50 ans, c’est un bambin pour vous ! »
Il n’est pas besoin de produire les réponses de nos deux gaillards pour cerner l’intention réelle de Serge Moati : rappeler au téléspectateur la clandestinité obligatoire, le chemin parcouru et non abouti, et dire aussi le bonheur d’être pédé. Monsieur Serge Moati, quel plaisir de vous voir lutter contre l’homophobie, pas la vôtre, je le savais d’emblée, mais celle des autres. Merci.
Cy Jung, 2 avril 2002
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