Regardez bien cette photo : cet enfant a les yeux fermés et son expression est loin de traduire l’extase ; à gauche, un homme l’embrasse sur l’épaule, à droite un deuxième homme épouse l’extrémité de sa joue. Si je vous dis que cette photo illustre un article du Journal des psychologues [mars 2002] dont le titre est « La "parenté" homosexuelle : source de confusion et de violences », vous faites quoi ? Et bien moi, je sors d’emblée mon revolver, non que je sois une adepte du terrorisme, même pas intellectuel, mais il est des fois où je me demande…
Le journal des psychologues est un mensuel à vocation scientifique et cet article fait partie d’un dossier consacré à l’homoparentalité où des psys tentent d’enrober d’une bonne dose de théorie des propos particulièrement homophobes. L’un d’eux n’est autre que Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste. Les deux casquettes ne sont pas en soi inconciliables, Françoise Dolto nous ayant démontré que la foi peut se risquer à la psychanalyse. Pour autant, Tony Anatrella est le type même de prosélyte qui se pare des atours de la science et du savoir pour défendre des thèses dignes de l’Opus Dei. Membre du Conseil scientifique de la Revue d'éthique et de théologie morale, consulteur au Conseil pontifical pour la famille, et chargé de mission auprès du Conseil pontifical de la santé à Rome, il n’a de cesse dans toutes ses interventions publiques — et elles sont nombreuses ! — de nous rejouer la Genèse, stigmatisant l’homosexualité jusqu’à réclamer indirectement son éradication par les procédés que l’on devine.
Le 16 juin 1999, il a par exemple écrit une tribune publiée par Le Monde où il commentait la Lesbian and gay pride® et dont le titre, à lui seul, dit l’essentiel : « À propos d'une folie ». Et oui, pour ce catholique intégriste, l’homosexualité est une folie, l’homoparentalité doit être prohibée au non du « principe de précaution » car elle met en danger psychique l’enfant. Psychique ? La photo d’illustration est là pour créer le doute, permettre à l’inconscient de passer du psychique au physique, de l’homosexualité à la pédophilie. Tant que le délit d’incitation à la haine homophobe ne sera pas institué, ce catéchumène pourra dire ce qu’il veut : le seul frein aujourd’hui serait que la psychanalyse dénonce avec force ces homophobes qui se servent d’elle pour donner une légitimité à leur fange. Une grande dame vient de le faire, Élisabeth Roudinesco [L’humanité, 12/03/02 ; Cliniques méditerranéennes (65), 2002]. Enfin.
Cy Jung, 2 juillet 2002
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