On s'était approprié Pierre Palmade, sans lui demander son avis: c'était sûr qu'il était pédé ! Il y avait beaucoup d'indices, le brushing à la George Michael, la démarche efféminée, le ton aigu et les manières d'un personnage qui se dandine devant un "colonel", ou qui fait un "aveu" foireux à son pote. Et puis autour de lui, beaucoup de femmes, à part maman, Chantal Ladessous, Sylvie Joly, Muriel Robin, Mimi Mathy, Jaqueline Maillan, Line Renaud. Toutes les femmes aimées de l'homo urbain moyen. Et puis la preuve, dans Fréquenstar, grâce à Laurent Boyer — l'ami des stars — qui lui a tiré les vers du nez à propos du fameux sketch de "l'aveu". Un demi aveu en fait, car Pierre ne révèle rien de précis. Mais nous, nous savons ce que veux dire "faire chier ses copains avec ça".
Patatras, il se marie en 1995 avec Véronique Sanson. On a tous bien rigolé, avouons-le. Qu'est-ce que c'était drôle ce mariage... Le sketch a duré. Et puis c'est le moment très tendance de la promo-intimité — quelques jours après Lara Fabian intime chez Boyer — pour lancer un spectacle ou une vidéo juste avant Noël. C'est de bonne guerre. Mireille Dumas se révèle aussi douée que Boyer, finalement, pour accoucher les stars de leurs petits jardins secrets. Et elle y arrive. Il livre son secret avec la gène et la pudeur qu'on attend pas forcément d'un personnage public : il est bisexuel.
On ne l'attendait pas celle-là. Des personnalités homos, on en connaît de plus en plus, mais bi... On s'était habitués à la dichotomie hétéro / homo. C'était même devenu très pratique. Plus l'homosexualité devient visible, plus l'hétérosexualité doit se redéfinir par rapport à elle. Ça nous arrange. Mais quand le bi devient visible, l'homo aussi doit se redéfinir. Et c'est bien là que le témoignage de Pierre Palmade est très important. Comme un centriste qui replace la gauche à gauche et la droite à droite : avec le bi, tout bouge. Rejeté par les hétéros comme par les homos pour "trahison", le ou la bi est souvent considéré-e comme jouant un double jeu, accusé-e de ne pas assumer telle ou telle sexualité, d'être seulement dans une phase ou de refouler ses vrais pulsions. L'homo doit se resituer par rapport à lui. C'est dire à quel point le bi reste discret et à quel point l'homo, comme l'hétéro, n'aime pas trop avoir affaire à lui.
A écouter Pierre et Véronique nous parler avec sincérité de leur couple, avec les solitudes des vies séparées par les tournées et cette façon de vivre différente tout simplement, c'est la notion de couple qui, de nouveau, est en question. Car le Pacs normalise le couple homo en le formatant, plus ou moins, sur le modèle hétéro. Vlan ! Pierre Palmade nous présente un couple pas du tout dans la dichotomie hétéro / homo, et qui fonctionne selon ses propres règles à travers l'institution du mariage. Voilà qui chamboule tous les modèles. Des gens qui ne sont pas comme nous, ça nous dérange ? Rodolphe.