Radio - 03/11/2004 "Carton rouge pour la chaîne rose" |
| Titre de l'émission : | Jean-Marc Morandini |
| Genre : | Débat |
| Thèmes : | Médias gays, Vie de couple, Triangle rose, Communautarisme. |
|
Jean-Marc Morandini a consacré une bonne vingtaine de minutes de son émission quotidienne à la publicité de Pink TV qui utilise la photo de Kohl et Mitterrand se recueillant à Verdun.
|
Imprimer
|
|
Après une description de l’affiche (nous sommes à la radio), Jean-Marc Morandini invite les auditeurs à se prononcer avant de présenter son invité, Alfred Grosser, professeur à Science Po et spécialiste de l’Allemagne. Alfred Grosser est très choqué par cette publicité, il parle de "profanation" et demande à l’animateur si l’on ne serait pas choqué par une publicité commerciale où l’on verrait un "déporté décharné" arborant le triangle rose avec cette phrase "Le rose n’est pas toujours rose"… petit silence gêné de Morandini. Alfred Grosser argumente : sa publicité serait une profanation de la "souffrance des déportés" au même titre que celle de Pink est une profanation de "quelques centaines de milliers de morts à Verdun". Alfred Grosser fait référence à d’autres détournements de photos qui l’ont fait rire mais pas celle-ci, qui "devrait heurter tous ceux qui, le 11 novembre prochain, vont se souvenir des morts de la Première Guerre mondiale."
Intervient alors Jacques Ségala, le célèbre publicitaire, au téléphone. Il déclara que le terme de "profanation est un peu fort" et lui préfère celui de "sacrilège". Il raconte alors l’histoire de la photo, qui n’était pas préparée, puis déplore l’usage qui en est fait, en dépit de son goût pour la provoc. Il se défend de réagir ainsi par fidélité à François Mitterrand et, comme souvent, se perd en anecdotes avant de conclure "il y a des crimes à ne pas commettre dans la publicité".
Une auditrice intervient au téléphone. La publicité l’a fait rire. Mais son beau-frère allemand a été profondément choqué. Alfred Grosser comprend que l’on puisse sourire mais considère que certains sourires ne sont pas "convenables". Jacques Ségala maintient sa position sur les limites que doit s’imposer la publicité, sans apporter d’arguments supplémentaires mais en faisant référence à son opposition aux campagnes Benetton.
C’est au tour de Jean-Marc (un auditeur !) de donner son avis. Il est "scandalisé" par la publicité car "on a pris un symbole devant un monument aux morts, devant des gens qui ont donné leur vie (…) et utiliser ce genre de choses pour une frange de la population qui connote une partie sexuelle". Il espère qu’il sera fait un procès et "qu’on va faire payer très cher les publicitaires qui ont osé faire cette publicité". Interrogé par Jean-Marc Morandini, Alfred Grosser se déclare contre le procès, car contre tout procès contre des publicités, mais en appelle à la prise de conscience. Jacques Ségala rappelle alors que cette photo n’est pas utilisable sans l’accord de ceux qui y figurent.
Yves, qui travaille dans le marketing, félicite Jean-Marc Morandini de son émission, trouve "dommage" que l’on ait utilisé cette photo. Il considère que le slogan ("Il n’y a pas que le sexe dans la vie de couple") vaut autant "pour les homosexuels que pour les hétéros". Il ajoute aussitôt qu’il a l’impression que "l’on est en train de subir une sorte de pression intellectuelle de la part du lobby homosexuel" qui fait que "si on n’a pas le sens de l’humour, si on n’est pas comme eux, si on est machin et tout ça, on passe pour un moins que rien et pour un débile profond et à ce moment-là on est intéressé que par la Star Ac !" Alors non, forcément, cela le dérange Yves… Il suggère enfin aux homos (qui ont comme tout le monde "des problèmes sexuels") de ne pas aller trop loin si "ils veulent qu’on les accepte". Alfred Grosser rit (ce qui semble plaire à Jean-Marc Morandini), indique à cet auditeur qu’il va "se faire tuer", qu’au fond il "n’a pas tort" mais affirme néanmoins qu’il ne faut pas aller trop loin, puis déplore le fait que "les homosexuels se transforment de plus en plus en communauté". Jean-Marc Morandini demande à Jacques Ségala alors si les responsables sont la communauté homosexuelle ou les publicitaires. Il répond que ce n’est pas "parce que c’est au service de la cause gay que c’est un sacrilège" mais bien parce que la publicité doit savoir se poser des limites.
On écoute à présent Catherine, qui avait trouvé à l’époque la photo comique, mais qui avec le recul est choquée par ce détournement. Elle fait remarquer que si on prenait une "photo de poilus dans les tranchées" pour faire la publicité des… des… (elle cherche et trouve !) "produits anti-poux ou de la lessive, ce n’est pas de bon goût".
Jean-Claude prend la suite. Il trouve la chose "scandaleuse" et considère que Pink démarre mal. Il se dit "très large d’esprit", reconnaît "leur différence", mais il ne faut pas qu’une "minorité impose une vue un peu néfaste de leur différence par rapport à la majorité". Il insiste ensuite sur ce que ne doit pas faire la publicité. Il conclut "Carton rouge pour la chaîne rose". Les choses s’accélèrent. Jean-Philippe est l’auditeur suivant. Au début, la publicité l’a fait rire jusqu’à ce qu’il apprenne (grâce à l’émission !) que la photo avait été prise à Verdun et non lors de la chute du Mur. Du coup, le détournement de l’image ne le dérange pas ; le détournement de l’événement, par contre, oui.
Pascal, lui est "choqué dans le bon sens". Il trouve intéressant le message de Pink TV par rapport au sens historique de la photo elle-même… Ses arguments sont un tantinet abscons. Le débat se perd un peu. Alfred Grosser reparle de sa publicité avec un déporté. L’auditeur dit que ce n’est pas la même chose ; car la publicité de Pink "détourne la positivité" de l’image alors que la pub proposée par Alfred Grosser part d’une image négative. Il est alors question de Benetton… On en arrive à la conclusion que Jean-Marc Morandini confie à Jacques Ségala qui redit ce qu’il a déjà dit, en concentré, ou presque !
|
| Date diffusion : | 02/11/2004 |
|
Heure : | |
| Presenté par : | Jean-Marc Morandini |
| Avec : | Alfred Grosser, Jacques Ségala et les auditeurs d'Europe 1 |
| Notes : | |
|