C’était l’été. Ils étaient sept, cinq hommes et deux femmes. Plusieurs semaines durant, ils ont séquestré, battu, violé et torturé Renaud, un jeune homme de 19 ans. Cela se passait à Châteauroux, chez Katia et Christian qui, pour arrondir leurs fins de mois, « ont décidé de sous-louer leur salon poussiéreux (…) à des jeunes rencontrés dans des bars homosexuels. » [Le Parisien, 01/09/02]. Renaud raconte : « Leurs amis homosexuels (…) sentaient que j’étais faible. Ils se sont mis à me frapper à coups de bâtons. » [Le Parisien, 02/09/02]. C’est la vie, il y a des pédés gentils et des pédés méchants, l’homosexualité n’étant pas une garantie de probité, ni un rempart contre la barbarie. Rien ne nous autorise donc à reprocher au Parisien d’évoquer cette part de l’identité de certains de ces tortionnaires.
Rien ? Pas si sûr, car il y a manière et manière et, en l’espèce, on peut se demander si ce quotidien n’érige pas l’homosexualité en facteur criminogène. Lisons la suite de son article du 1er septembre : « Rites sadiques. Dans ce capharnaüm où tente de dormir une fillette de 5 ans (…) Les soirées se seraient rapidement transformées en orgies sexuelles où la victime était l’objet de rites sadiques. Parmi les habitués, figurait un certain Tony (…) fréquentant les bars gays. » J’ai presque envie d’applaudir tant Le Parisien maîtrise la langue et sait provoquer les associations d’idées : il termine un paragraphe par « homosexuel », commence le suivant avec « Rites sadiques », introduit alors dans le tableau une fillette « qui tente de dormir » — on aurait pu craindre le pire, mais ce sont des pédés non pédophiles, ouf ! —, amène en trois phrases « orgie sexuelle » pour revenir sur « rites sadiques » et porter l’estocade en se focalisant sur Tony qui fréquente les « bars gays ».
La boucle est bouclée : tout ce qui est sexuel dans cette affaire est homosexuel, comme si l’orientation sexuelle de ces tortionnaires avait déterminé leurs actes barbares, comme si les deux femmes présentes n’avaient pas été là, comme si tout était affaire d’hommes, de pédés. Était-il possible de faire mention de l’homosexualité de certains sans réduire l’ensemble à un truc entre homos ? Le JDD [01/09/02] écrit qu’il y avait là « Quelques jeunes SDF, des petits délinquants, des garçons sous tutelle, les uns hétérosexuels, les autres non. » L’homosexualité n’est plus seule en cause, mais de femmes, toujours point… Car de pulsions sexuelles, même barbares, c’est connu, elle n’ont pas.
Cy Jung, 20 novembre 2002
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