Media-G - 22/09/2005 Salon Rainbow Attitude 2005 : une promo “militante” à la sauce intox |
Le salon gay et gay-friendly de la porte de Versailles, qui axe opportunément sa communication 2005 sur le militantisme, commente ses difficultés avec les afficheurs parisiens de manière excessive et inexacte.
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Depuis deux ans, le salon Rainbow Attitude Expo se tient tous les automnes à la porte de Versailles à Paris. Placé en 2003 et 2004 sous le signe du consumérisme et du pouvoir d’achat de la clientèle lesbienne et gay, Rainbow Attitude Expo a toujours su habilement mêler la présence de diverses associations en quête de visibilité à des activités plus commerciales. La fréquentation importante du salon, plus de 35 000 visiteurs en quatre jours fin 2004, est à l’aune de l’immense campagne de promotion par voie d’affichage ainsi que dans la presse lesbienne et gay.
Après la curiosité des médias généralistes en 2003, la seconde édition est globalement passée inaperçue dans les médias malgré une fréquentation en nette hausse. Le bilan de l’édition 2004, disponible sur le site rainbowattitude.com, n’en est pas moins éloquent. Après un rappel des chiffres-clés, les deux premiers paragraphes célèbrent une acceptation et une visibilité croissante des homosexuels à travers leur pouvoir d’achat : « Pour les grandes marques présentes (...) ces quatre jours ont été l'occasion d'affirmer que les gays sont des citoyens et des consommateurs comme les autres, qu'ils ont appris à connaître et avec lesquels ils ont pu échanger. Les entreprises gay et gay friendly venues proposer leurs produits et services ont pu créer ou renforcer leur image auprès de la population homosexuelle tout en faisant de la vente directe et des prises de contact. »
L’édition 2005, programmée du 21 au 24 octobre, semble marquer un changement de cap, à l’image de son dossier de presse qui cette année ne fait aucune mention des sempiternelles statistiques invérifiables sur le pouvoir d’achat homo en France. Les festivités, les conférences et les tables rondes qui doivent s’y dérouler sont mises en avant et précèdent un état des lieux des revendications lesbiennes et gays — assurément plus médiatisées depuis un an que l’édition 2004 du salon. « En France, on estime que près de 4 millions de personnes, homosexuels et homosexuelles, souhaitent être reconnues et acceptées et de (sic) bénéficier des mêmes droits que tout le monde en tant que simples citoyens français, sans avoir à souffrir de discrimination en raison de leur orientation sexuelle. Des progrès ont déjà été enregistrés, avec le Pacs, et les quelques améliorations récemment apportées. Cependant la première journée mondiale consacrée à la lutte contre l’homophobie, le 17 mai dernier et (sic) était là pour rappeler que dans cette défense des droits, les acquis ne sont jamais certains, et qu’il faut toujours rester mobilisé. »
Face à un tel discours, on se demande si le salon Rainbow Attitude Expo n’aurait pas décidé de se repositionner sur le terrain de l’Inter-LGBT, organisateur de la Marche des fiertés et interlocuteur régulier du gouvernement en matière de revendications. Le dossier de presse poursuit et confirme cette impression : « Rainbow Attitude Expo s’inscrit dans cette démarche, et comme la Marche des Fiertés entend donner un ton de fête et de “gaieté” à cette revendication (...) »
 Les organisateurs du salon entendent également communiquer leur « engagement identitaire » à travers la campagne publicitaire du salon. Oubliées les charentaises des visuels de 2004, la promotion se fait plus offensive avec le slogan « Ça change quoi pour vous ? Parce que pour eux, c’est important » et deux photographies de couples — respectivement deux filles et deux garçons — s’embrassant. Il s’agit certes de baisers à pleine bouche, mais comme le rappelle à Media-G Jean-Paul Chapon, contact presse du salon, les clichés sont cadrés « de façon soft », respectent les recommandations du BVP (Bureau de vérification de la publicité) et sont bien moins explicites qu’une photo utilisée cet été pour un affichage promotionnel du magazine Public. Il s’agit d’ « une prise de position résolument militante » précisent les organisateurs. Le dossier de presse insiste lourdement sur cet aspect de la communication du salon en 2005 : « le message est définitivement militant en 2005 (...) Rainbow Attitude Expo adresse son message à trois publics : la communauté gay et lesbienne, les acteurs du monde associatif et culturel (...), et enfin les pouvoir (sic) publics et la classe politique dont la sensibilisation semble indispensable dans la démarche pour l’égalité des droits. »
Mardi 20 septembre 2005, le magazine Têtu annonce dans sa newsletter que la campagne d’affichage de Rainbow Attitude Expo a été refusée par la société Métrobus, la régie publicitaire des transports en commun parisiens (bus, métro, etc.) et déconseillée par Insert, une société spécialisée dans l’affichage sur les devantures des commerçants en centre-ville. L’article précise que la société Métrobus aurait écrit qu’elle ne pouvait pas « accepter les visuels en l'état » et que « les photos risquent de choquer l'ensemble des voyageurs ». Têtu a également recueilli les commentaires de François de Chaillé, responsable de la communication d’Insert : « Notre avis est consultatif. Nous avons déconseillé (...) d'utiliser cette campagne pour des raisons de performance commerciale. »
La réaction des organisateurs du salon est quant à elle particulièrement virulente : Régine Corti estime dans les colonnes de Têtu que ces décisions sont « écoeurantes et révoltantes » et ajoute que « c’est nier une orientation sexuelle ». Le souhait d’attaquer le refus de Métrobus en justice est annoncé. Un communiqué émis le jour même à 21 h par le salon et intitulé « L’homosexualité censurée par Métrobus et Insert » reprend le même argumentaire. Le texte n’évoque pas moins qu’« une démarche de censure discriminatoire et homophobe caractérisée » et le « rôle éducatif pour la société d’un tel visuel accompagné d’un message pédagogique ». Dans une envolée lyrique finale, le texte conclut par une mise en perspective des avancées sociétales dans le monde et enjoint tous les acteurs de la société à changer leur comportement vis-à-vis de l’homosexualité : « Il est temps que les engagements sur la lutte contre les discriminations passent du discours à la pratique pour devenir une réalité dans la société française d’aujourd’hui. » À l’heure de la publication de ce communiqué, les organisateurs du salon avaient cependant déjà décidé de céder aux afficheurs et de leur fournir de nouveaux visuels. Du « discours à la pratique », l’« engagement identitaire » a effectivement ses limites.
Le communiqué fait également l’amalgame entre le refus de Métrobus et la recommandation d’Insert : « Métrobus et Insert ont refusé la campagne de communication de Rainbow Attitude Expo ». Interrogé par Media-G sur le décalage constaté entre la version de Têtu et celle du communiqué qui a suivi, le contact presse du salon a accepté le principe de fournir les textes originaux des mails de refus des afficheurs avant de se raviser : « Ça me gène de vous les envoyer ». Après une lecture par téléphone du mail de Métrobus, les éléments qui nous ont été communiqués confirment bien qu’il y aurait un refus de prendre en compte ces visuels. Concernant Insert, si la société s’enquiert effectivement de la possibilité de changer les visuels et s’il est confirmé que son comité d’éthique est « unanime contre cette campagne », on ne peut cependant pas formellement affirmer que les extraits qui nous ont été lus constituent un refus ferme. Pire, avec les précisions fournies par le biais de Têtu dans l’après-midi du 20 septembre, il ne fait aucun doute que le communiqué émis ensuite en début de soirée noircit volontairement le tableau.
Les affichages urbains présentent à longueur d’année des visuels osés, dont certains, plus rares, mettent en scène des couples s’embrassant. Dans le cas précis d’un couple homosexuel, il est exact d’affirmer que les afficheurs se font très frileux : en juin 2003, l’AAP (Administration d'Affichage et de Publicité) qui assure l'affichage publicitaire sur les kiosques, avait par exemple estimé que la photo de deux hommes enlacés à la une de VSD risquait de choquer le grand public et avait refusé de l’afficher (» plus d’infos).
Au vu des précédents refus dans le domaine de l’affichage de presse, on ne peut que s’interroger sur le caractère prévisible des difficultés rencontrées aujourd’hui par Rainbow Attitude Expo : « Pourquoi s’en tenir à un fait accompli ? » nous répond laconiquement Jean-Paul Chapon interrogé sur le sujet.
La protestation de Rainbow Attitude Expo est sans doute légitime et fondée, mais la réaction très vive de ses organisateurs — se présentant en victime et jetant littéralement de l’huile sur le feu — ainsi qu’une fâcheuse propension à aggraver les faits en employant un argumentaire militant apparaissent tout aussi troublantes que le rejet des affiches en lui-même. Après avoir travesti une activité essentiellement commerciale à son origine en grande cause militante, les communicants en charge du salon ne cherchent-ils pas désormais à travers cet épisode une médiatisation du salon et la mobilisation d’un milieu associatif parfois prompt à réagir de façon épidermique dès que les mots « censure » et « homophobe » sont prononcés ? Si tel est leur pari, l’expérience montre qu’il est aussi malsain que risqué.
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