Selon Emmanuel Maubert (Europe 1), Pink TV rencontrerait des « difficultés financières » et serait sur le point d’accueillir un nouvel investisseur dans le but de recapitaliser la chaîne. Dès le printemps 2007, la chaîne pourrait être remaniée « en profondeur » et émettre ses programmes gratuitement le jour tout en maintenant une offre payante sur les programmes pornographiques diffusés la nuit.
Cette annonce, encore au conditionnel, s’ajoute à une série de parutions d’articles dans la presse — parfois infondées — relatant depuis un an les difficultés que la chaîne rencontrerait pour conquérir des abonnés et trouver son équilibre financier.
Le vendredi 23 juin 2006, à la veille de la Marches des fiertés, Pascal Houzelot, président de Pink TV, accordait une interview au quotidien 20 Minutes. C’est l’occasion d’évoquer le char qui représentera la chaîne lors du défilé, de faire un point sur la situation de Pink TV… mais aussi de s’exprimer sur des sujets plus polémiques. Accusé de gonfler ses chiffres par Le Canard enchaîné, Pascal Houzelot oppose un démenti ferme : « En février, un huissier a constaté que nous avions 65 411 abonnés. Je rends des comptes chaque mois à des actionnaires aussi prestigieux que TF1, M6 ou Canal+, je ne vais pas m'amuser à travestir la réalité ! » À propos de la condamnation à ne plus utiliser le nom « Pink » dont fait objet la chaîne, son président affiche la même détermination : « Nous avons fait appel de cette décision. Et je vous garantis que Pink TV ne sera pas rebaptisée ! » Un accord financier a depuis été trouvé.
Dans la même interview, M. Houzelot annonce que Le Set, véritable « vitrine » de la chaîne diffusée tous les soirs en clair, s’arrête et que des projets de JT hebdomadaires consacrés à l'actualité gay sont à l’étude. Quelques semaines plus tard, la grille de rentrée annoncée en catimini confirmera cette tendance : deux des principales émissions de plateau produites par la chaîne (Le Set, Le Je/Nous de Claire) cèdent la place à des rediffusions de séries et quelques programmes courts.
Le 27 juin 2006, Le Monde publiait également un article intitulé « Des actionnaires de Pink TV commencent à s'inquiéter du dérapage des comptes » dans lequel le quotidien détaille la situation financière de la chaîne. « Au premier trimestre de 2006, les pertes de Pink TV auraient dépassé 2 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 924 000 euros. A ce rythme, le déficit atteindrait les 8 millions d'euros en fin d'année. » M. Houzelot affiche cependant dans le même article un optimisme sans faille : « Nous serons à l'équilibre dans un an et demi comme prévu. Je maintiens parfaitement mes objectifs. »
Selon le quotidien, ce seraient les recettes publicitaires qui feraient principalement défaut : le chiffre d'affaires s’élèverait à 924 000 euros au premier trimestre de 2006, dont seulement 100 000 euros de publicité. Le CA n’est pas contesté par Pink TV mais M. Houzelot annonce prévoir « 1,5 million d'euros [de recette publicitaires] en 2006 ».
Même dans l’hypothèse où les recettes publicitaires ne s’élèveraient qu’à 100 000 euros sur le premier trimestre, le chiffre d’affaire mensuel engendré par les abonnements ne dépasserait donc pas 274 000 euros par mois. Ce même chiffre d’affaires mensuel semble très peu élevé comparé au prix de l’abonnement (9 euros par mois) et aux 65 000 à 79 000 abonnés revendiqués sur cette période (soit entre 3,47 et 4,22 euros de chiffre d’affaires hors publicité par mois et par abonné).
Selon une déclaration antérieure de Pink TV, les câblo-opérateurs reversent à la chaîne une somme estimée à environ 50 % du prix de l’abonnement (soit 4,50 euros). Les 274 000 euros de chiffre d’affaires mensuel correspondraient selon ce barème à environ 61 000 abonnés, voire encore moins si la part du CA correspondant à la publicité est supérieure à 100 000 euros sur le trimestre comme la prédiction des revenus 2006 le suggère. Ces tentatives de recoupement ne tiennent pas compte des nombreuses promotions en cours (plusieurs mois gratuits ou à 5 euros pour les nouveaux abonnés) ou d’éventuels accords commerciaux moins favorables négociés avec les opérateurs.
Sincères ou un peu « gonflées », les différentes déclarations de Pink TV sur le parc d’abonnés et les recettes publicitaires sont difficiles à recouper, quand elles ne défient pas tout simplement les lois mathématiques. De même, les prévisions du nombre d’abonnés très fluctuantes depuis l’annonce du projet en 2002 ont contribué à brouiller le message de la chaîne qui communique beaucoup sur les chiffres, mais pas toujours avec constance (un parcours de la rubrique « Télévision » de Media-G devrait convaincre les internautes les plus sceptiques).