Quand je reçois la mise à jour annuelle de l’Encyclopédia Universalis version électronique, je la teste en y cherchant les références à l’homosexualité. Pour l’édition 2002 (version 8), j’ai retrouvé l’article de Frédéric Martel et son inévitable chapitre sur « La particularité lesbienne » et la requête « Homosexualité » comporte cent seize notices, soixante-six sur des sujets généraux touchant à la littérature, l’art, la psychanalyse, etc., quarante-cinq sur des personnages masculins (Jean Genet, Oscar Wilde et autres) et cinq sur des personnages féminins (Sappho, les sœurs Papin, Martina Navratilova, Léontine Sagan et Hélène Deutsch). En affinant la recherche, on trouve quelques femmes supplémentaires mais cette simple statistique résume la place que l’Universalis accorde à l’homosexualité féminine.
Je cherchais des arguments supplétifs quand je suis tombée sur la notice de Diane de Margerie consacrée à Oscar Wilde : « Comme le souligne Robert Merle dans le remarquable ouvrage qu’il lui a consacré, le goût du vêtement, de l’apparence, du travesti et du mot d’esprit hérité de sa mère, le deuil d’Isola qui le frustrait d’une présence féminine bénéfique, un mariage sans passion durable avec une jeune héritière, Constance Lloyd, dépourvue de personnalité, le dégoût du physiologique et de la procréation, la peur de la vieillesse, un narcissisme insatiable parce que dès l’abord blessé, une nature fluctuante et masochiste, tout prédisposait Wilde à l’homosexualité. »
Ouh là ! Je dirais même « Ouh là là, là là ! » Je n’ai pas lu l’ouvrage de Robert Merle [Oscar Wilde, ou la destinée de l’homosexuel, Gallimard (1985)] et ne sais donc si c’est effectivement lui qui aligne consciencieusement cette liste de clichés. Par contre, j’ai regardé les onze notices que signe Diane de Margerie. Chez David Herbert Lawrence, elle relève « la crainte et la haine du matriarcat, qu’il éprouva la vitale nécessité de fuir dans l’amitié masculine ». Chez Edward Morgan Forster, elle souligne le « rôle déterminant [que] les femmes jouèrent à l’orée de sa vie, fait qui n’est sûrement pas étranger à sa vision ambivalente du beau sexe ». Enfin, dans sa notice sur Virginia Woolf, elle oublie de parler d’homosexualité et se contente d’une référence à « l’amitié amoureuse entre femmes ». Quelle bonne idée ! Car à voir comment cette rédactrice, avec d’autres, traite d’homosexualité dans cette encyclopédie, j’en viendrais presque à me réjouir que l’homosexualité féminine y soit réduite à la portion congrue.
Cy Jung, 28 janvier 2003
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