Je pourrais commencer ce Zap par cette phrase « Regardez bien cette photo… » et m’attacher à vous la décrire. Cette formule sentirait le réchauffé, je vous ai déjà fait le coup en juillet dernier à propos du Journal des psychologues [Cf. Zap n°66]. Il me devient difficile d’avoir des approches originales tant l’homosexualité subit des traitements médiatiques qui finissent par se ressembler en même temps que mes grilles d’analyse, elles, ne se renouvellent pas. Pourtant, je ne peux que vous inviter à regarder cette photo…
Un jeune homme, assis en petite tenue sur le bord d’une baignoire, n’a d’yeux que pour une paire de fesses moulée dans un pantalon à pinces. Comment qualifier son regard ? Exprime-t-il du désir ? Non, pas vraiment. Je dirais qu’il manifeste une attente, presque un manque. De quoi s’agit-il ? La légende de la photo vient à mon secours : « Pas facile, pour un fils, de parler à son père. » J’aurais dû reconnaître le père à la ceinture noire du pantalon, à la chemise impeccablement tirée, à cette pose si droite, si carrée, dans cette salle de bains immaculée. Le père est en position de faire des ablutions ou de se raser, qu’importe. Il est propre, lui, et tourne le dos à ce fils dont les chaussettes et le tee-shirt baillent, dont le regard dit l’admiration qu’il a pour cet homme modèle.
Vue sous cet angle, la représentation n’a rien de fantastique. Mais, qu’illustre-t-elle, cette photo ? Un article de Psychologie magazine [novembre 2002] où des parents témoignent de ce qu’ils ont ressenti en découvrant l’homosexualité de leur enfant (fille ou garçon). Ces témoignages sonnent vrais : ils disent sans détours qu’il n’est pas si facile d’accepter que sa progéniture soit homosexuelle, mais aucun ne s’arrête là. Tous proposent une issue, expliquent qu’il est non seulement possible de s’en accommoder mais également d’en être fier et militer pour les droits des homosexuels.
La photo change d’allure. Quelle drôle d’idée que d’avoir représenté ce père en Apollon callipyge ? Le lecteur feuillette le magazine. Il lit le titre de l’article « Le jour où il m’a dit : je suis homo » sans pouvoir rater le mot homo qui fait 16 mm de hauteur, le reste du titre n’en faisant que 6. Les yeux du lecteur tombent sur la photo. Que voit-il ? Un homme jeune qui mate l’arrière-train d’un autre plus mûr dans un endroit intime, une salle de bains. Qu’ont-ils fait, tous les deux, l’instant d’avant ? Ou que feront-il celui d’après ? Deux hommes, des fesses… Vous ne voyez pas ?
Cy Jung, 21 janvier 2003
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