Dans l’annonce du reportage de France Info du 17 août dernier relatif au " procès de cinquante-deux homosexuels au Caire ", le journaliste a eu cette expression, " leur présumée orientation sexuelle ". Qu’est-ce à dire… ? On a l’habitude d’entendre l’adjectif " présumé " accolé aux termes " innocent " ou " coupable " et donc de le comprendre en référence à un délit alors que, au sens propre, il signifie très exactement " Que l'on croit tel par hypothèse " [Le Robert].
L’expression utilisée par France Info peut donc signifier deux choses : soit cette antenne considère insidieusement que l’orientation sexuelle peut constituer un délit dont on pourrait être innocent ou coupable, soit elle considère qu’en la circonstance, l’orientation sexuelle de ces Égyptiens n’est qu’une hypothèse. La révolution serait de taille eu égard à la faculté ordinaire des médias à outer quiconque aurait dit ou fait quelque chose qui pourrait laisser croire à son homosexualité.
Écoutons le reportage de France Info : Jacques Planat évite avec soin de présenter les prévenus comme obligatoirement gays. Baba, je décide de lire les articles de début août sur ce procès : Le Temps, premier quotidien à s’en faire l’écho [9/08/01] parle d’" Égyptiens soupçonnés d’être homosexuels ", d’" hommes ", de " noctambules " ou des " accusés ", en précisant que le bateau-club où ils ont été arrêtés était fréquenté par des gays, " mais pas seulement " ; pour Libération [15/08/01], les accusés sont des " hommes " ou des " prévenus " et, si L’Express [15/08/01] annonce le procès de " cinquante-deux homosexuels ", il rectifie le tir dix lignes plus bas en parlant d’" homosexuels, ou présumés tels ".
Définitivement conquise, j’ai cherché la source de ce respect subit de la vie privée de prévenus que tout désignait comme gays. Je l’ai trouvée sur le site d’Amnesty International qui, dès le 8 juin, publiait un communiqué où il n’était question que de " présumés homosexuels ". On peut donc applaudir Amnesty qui, par sa vigilance lexicale, a fait la preuve que l’homosexualité de quelqu’un doit — et peut — rester une hypothèse, sauf si, bien sûr, cette personne en décide autrement. Doit-on rêver que ce procès fasse école ? L’utilisation massive de l’expression " Égyptiens homosexuels " en septembre dans les médias straight mais aussi homos pousserait à penser le contraire. Allez, soyons optimistes : la presse est forte de sa déontologie, ou est présumée telle…
Cy Jung, 16 octobre 2001